Ce que je teste, ce que j'automatise, ce que je compare — et ce que j'abandonne. Un laboratoire qui ne montre que ses réussites n'est pas un laboratoire, c'est une plaquette commerciale. Ici, les deux colonnes du bilan.
Réussite
Un site, six designs : la démonstration par l'exemple
La page d'accueil de ce site existe désormais en six versions : « Signature » (le design que vous connaissez), « L'Édition » façon presse papier, « Terminal » sombre et monospace, « Brut » néo-brutaliste, « Blueprint » façon plan technique d'ingénieur — mon terrain d'origine — et « Prestige » noir et or. Deux flèches ‹ › en haut de page permettent de passer de l'un à l'autre ; le contenu, lui, ne bouge pas d'un mot. Le site de l'École de l'IA, iactoi.fr, a reçu le même traitement avec des designs à son image : « Le Tableau » (craie sur tableau noir) et « Le Cahier » (papier quadrillé et surligneur).
L'objectif n'est pas décoratif : c'est une démonstration de méthode. Séparer le fond de la forme permet de re-styler entièrement un site sans toucher au message — et avec l'IA en atelier de production, chaque déclinaison complète a coûté une fraction du temps d'une refonte classique. Des pages statiques, zéro framework, et l'accessibilité conservée (navigation clavier, mouvements réduits respectés).
La leçon : quand un client hésite sur une direction visuelle, ne pas la décrire — la montrer. Produire trois pistes réelles et navigables coûte désormais moins cher qu'une réunion de débat sur des maquettes.
Réussite
8 mégaoctets de fusée, 2 kilo-octets de comète
En analysant le site d'un concurrent, j'ai décortiqué leur animation la plus spectaculaire : une fusée qui décolle au fil du défilement. Techniquement, c'est une séquence de 121 photos JPEG dessinées une à une sur un canvas, synchronisée à la position de scroll — la technique des pages produit d'Apple. Superbe… et 8 mégaoctets téléchargés pour un seul effet.
J'ai reconstruit le même principe en version sobre sur cette page d'accueil : une comète lumineuse qui descend le long du parcours en 5 étapes, passe du vert IACMOI au bleu IACTOI et allume chaque étape à son passage. Même synchronisation au scroll, même effet de narration — en environ 2 kilo-octets de CSS et JavaScript, soit 4 000 fois moins. Et l'animation se désactive d'elle-même pour les visiteurs qui préfèrent réduire les mouvements.
La leçon : avant de copier un effet impressionnant, demander ce qu'il raconte. Ici, l'histoire c'est « une progression » — et une progression se raconte très bien sans faire télécharger 121 photos. La sobriété n'est pas une contrainte esthétique, c'est un exercice de conception.
Retour d'expérience
Une panne de serveur qui valait une leçon
Mon serveur est tombé pendant environ sept heures — incident chez l'hébergeur, rien à faire de mon côté. Le vrai problème : je l'ai découvert tard, parce que mon système d'alerte tournait… sur le serveur en panne. Un système de surveillance hébergé sur la machine qu'il surveille ne sert à rien le jour où ça compte.
Correctif le jour même : un « dead man's switch » externe. Le serveur envoie un battement de cœur régulier à un service indépendant ; si le battement s'arrête, je suis alerté sur mon téléphone en quelques minutes.
La leçon : la supervision se conçoit dès l'architecture, pas après la première panne. C'est vrai pour mon laboratoire, c'est encore plus vrai pour un outil déployé en entreprise.
Réussite
Orchestration multi-modèles : le bon modèle pour la bonne tâche
Mise en place d'une orchestration où le modèle le plus capable planifie et contrôle, pendant que des modèles plus légers — et bien moins chers — exécutent les tâches simples en parallèle. Résultat : la qualité reste au niveau requis, la consommation chute.
Deux réglages appris en pratique : limiter le nombre d'agents travaillant en parallèle (au-delà, la coordination coûte plus qu'elle ne rapporte), et exiger des livrables incrémentaux plutôt qu'un gros résultat final — on détecte les dérives tôt.
La leçon : avec la facturation au token, l'architecture du projet EST la maîtrise du budget. Ce principe est devenu un de mes engagements : il se décide à la conception, pas sur la facture.
Réussite
Chasse aux secrets et sauvegarde chiffrée
Passe complète de sécurité sur le laboratoire : plus aucun mot de passe ni clé d'accès stocké dans ma base documentaire — tout est déplacé dans des coffres dédiés, hors de portée des outils d'IA. En complément, une sauvegarde chiffrée de l'infrastructure part chaque nuit vers un stockage séparé.
La leçon : dès qu'une IA a accès à vos documents, la question n'est plus « mes documents sont-ils bien rangés ? » mais « qu'est-ce que je suis prêt à ce qu'elle lise ? ». La gouvernance des données se règle avant de brancher l'IA, pas après.
Abandon
Synchroniser sa base de connaissances par le cloud grand public : abandonné
Pendant des semaines, ma base documentaire était synchronisée à la fois par un cloud grand public et par un système de versionnage. Mauvaise idée : les deux mécanismes se marchaient dessus. Doublons de fichiers en cascade, historique corrompu, et même de fausses suppressions de masse qu'il a fallu rattraper.
J'ai fini par trancher : abandon complet du cloud grand public sur cette base, un seul mécanisme de synchronisation, avec un garde-fou qui bloque toute disparition massive de fichiers.
La leçon : deux systèmes de synchronisation sur les mêmes fichiers, c'est un de trop. Et un garde-fou contre les suppressions de masse devrait exister partout où des données vivent.
Comparatif
Veille automatisée : déléguer 90 % du travail à un modèle léger
Ma veille quotidienne (Supply Chain et IA) collectait, filtrait et résumait des dizaines d'articles avec mon modèle principal — efficace, mais coûteux. J'ai rebâti la chaîne : un modèle léger fait la collecte, le tri et les premières synthèses ; le modèle principal n'intervient que pour la rédaction finale du digest.
Résultat mesuré : environ 90 % d'économie sur la consommation du modèle principal, pour un digest final de même qualité, livré chaque matin par email.
La leçon : avant d'optimiser un prompt, demandez-vous quel modèle doit vraiment faire le travail. La plus grosse économie est presque toujours là.
Retour d'expérience
La recherche sémantique vaut ce que vaut la base documentaire
Mise en place d'une recherche « par le sens » sur mes 400+ notes : chaque note est transformée en empreinte numérique (embedding), et une question retrouve les notes proches par leur signification, pas par leurs mots-clés. Réindexation automatique chaque nuit.
La surprise n'est pas venue de la technique, qui marche bien. Elle est venue du contenu : quand deux notes se contredisent ou se répètent, la recherche sémantique restitue fidèlement… la confusion. Le gros du travail a été de restructurer la base, pas de coder la recherche.
La leçon : un RAG n'améliore pas vos documents, il les révèle. C'est la première chose que je regarde chez un client : l'état du gisement documentaire, avant de parler d'outil.
Ce que vous venez de lire, c'est ma méthode de travail
Pas une plaquette : des essais, des mesures, et les abandons qui vont avec. C'est exactement comme ça que je travaille chez mes clients — on teste petit, on mesure, et on dit franchement quand ça ne marche pas.